La situation des Roms (« Tsiganes »)  en Transylvanie : des origines jusqu’à aujourd’hui

La présence des Roms en Transylvanie est attestée par des documents dès le Moyen Âge. Au fil des siècles, cette population a traversé des périodes de tolérance limitée, d’esclavage dans d’autres provinces roumaines, de marginalisation sociale, de persécutions pendant la Seconde Guerre mondiale, de contrôle et d’assimilation à l’époque communiste et, après 1989, une transition difficile vers l’intégration et la reconnaissance des droits culturels et sociaux.

Les premières attestations et le Moyen Âge

Les Roms sont arrivés en Europe depuis le nord de l’Inde, leur migration vers les Balkans et l’Europe centrale ayant eu lieu entre les XIe et XIVe siècles. En Transylvanie, les premières mentions documentaires apparaissent au XVe siècle. Contrairement à la Valachie et à la Moldavie, où de nombreux Roms furent esclaves jusqu’au milieu du XIXe siècle, en Transylvanie — sous administration hongroise puis habsbourgeoise — l’esclavage n’a pas pris la même forme juridique.

Les Roms de Transylvanie étaient souvent nomades ou semi-nomades et exerçaient des métiers utiles aux communautés locales : forge, chaudronnerie, musique, travail des métaux, commerce ambulant ou élevage d’animaux. Toutefois, les autorités et la population majoritaire les regardaient souvent avec méfiance. De nombreuses tentatives de sédentarisation et de contrôle des communautés roms ont été mises en place.

La période habsbourgeoise et les politiques d’assimilation

Au XVIIIe siècle, l’impératrice Marie-Thérèse et son fils Joseph II ont introduit des politiques sévères d’assimilation. Les Roms furent interdits de porter leurs vêtements traditionnels, de parler la langue romani ou de mener une vie nomade. Les enfants roms étaient parfois retirés à leurs familles pour être élevés par des populations sédentaires, dans l’espoir de les « civiliser ».

Ces mesures visaient l’intégration forcée des Roms dans la société majoritaire, mais elles ont aussi provoqué la perte d’éléments culturels importants et accentué la marginalisation sociale.

Le XIXe siècle et le début du XXe siècle

Après l’abolition de l’esclavage des Roms dans les Principautés roumaines (1855–1856), la Transylvanie est restée un espace marqué par une population rom diverse : musiciens, chaudronniers, chercheurs d’or, fabricants de briques et autres groupes. Beaucoup de Roms vivaient dans la pauvreté, sans accès à l’éducation ni à la propriété.

Après l’union de la Transylvanie avec la Roumanie en 1918, la situation des Roms ne s’est pas améliorée de manière significative. Bien qu’ils fussent officiellement des citoyens jouissant de droits égaux, la discrimination sociale et économique persistait. Durant l’entre-deux-guerres apparurent les premières organisations roms cherchant à promouvoir les droits et l’identité de cette communauté.

La Seconde Guerre mondiale et les déportations

La période de la Seconde Guerre mondiale représente l’une des étapes les plus tragiques de l’histoire des Roms de Roumanie et de Transylvanie. Le régime du maréchal Ion Antonescu, allié de l’Allemagne nazie, adopta des politiques raciales contre les Roms considérés comme « socialement dangereux » ou « nomades ».

Entre 1942 et 1944, environ 25 000 Roms de Roumanie furent déportés en Transnistrie, territoire alors administré par la Roumanie entre le Dniestr et le Boug. Parmi eux se trouvaient également des Roms de Transylvanie. Les déportations furent effectuées dans des conditions inhumaines : famine, maladies, froid et absence de soins médicaux. Des milliers de personnes y trouvèrent la mort.

Cette tragédie est aujourd’hui connue sous le nom de « Porajmos » ou « Samudaripen », termes utilisés pour désigner l’Holocauste des Roms. Pendant longtemps, les souffrances des Roms durant la guerre furent ignorées ou peu évoquées dans l’historiographie officielle.

L’époque communiste

Après l’instauration du régime communiste, les autorités promurent officiellement l’idée d’égalité entre les citoyens. Les Roms n’étaient plus ouvertement persécutés pour des raisons ethniques, mais l’État cherchait à les intégrer par l’uniformisation sociale.

De nombreux Roms furent sédentarisés de force et employés dans les usines, les coopératives agricoles ou le bâtiment. Certaines communautés bénéficièrent d’un meilleur accès au logement, à l’éducation et aux soins médicaux qu’auparavant. Cependant, l’identité rom était découragée. Il n’existait ni écoles en langue romani, ni organisations culturelles indépendantes, ni reconnaissance officielle de leur spécificité ethnique.

Dans les années 1970–1980, l’industrialisation offrit des emplois à de nombreux Roms, mais leur intégration restait davantage économique que sociale. La discrimination persistait de manière informelle.

Après 1989 : transition, pauvreté et affirmation identitaire

La chute du communisme apporta des libertés démocratiques et la possibilité d’affirmer l’identité rom, mais aussi d’importantes difficultés. La fermeture des usines et des grandes entreprises a fortement touché les communautés roms, qui furent parmi les premières victimes du chômage et de la pauvreté.

Dans de nombreuses localités de Transylvanie, des conflits interethniques et des actes de violence entre les Roms et la population locale ont eu lieu dans les années 1990.

Le refus d’une partie importante des Roms de fréquenter l’école, ainsi que les mariages précoces dès l’âge de 14 à 16 ans, ont contribué à leur situation de pauvreté, au manque de qualifications sur le marché du travail et à une image difficilement acceptée dans la société. Cette image s’est généralisée à l’ensemble des Roms, rendant les efforts de certains pour progresser dans la vie particulièrement difficiles.

D’un autre côté, la période postcommuniste a permis le développement d’organisations roms, de la presse et de la culture romani, ainsi que l’émergence de leaders et d’intellectuels roms actifs dans la vie publique. La Roumanie a adopté des stratégies d’inclusion sociale et des politiques européennes en faveur des Roms.

La situation actuelle

Aujourd’hui, les Roms représentent l’une des minorités ethniques les plus importantes de Roumanie, y compris en Transylvanie. Leur situation est très diverse : il existe des communautés bien intégrées et des personnes ayant fait des études supérieures, mais aussi des régions touchées par une pauvreté extrême et l’exclusion sociale.

Les principaux problèmes restent :

  • la discrimination et les préjugés ;
  • l’abandon scolaire ;
  • l’accès réduit à des emplois stables ;
  • les mauvaises conditions de logement dans certaines communautés ;
  • la ségrégation sociale.

En même temps, la culture rom devient de plus en plus visible et appréciée. La musique, les traditions, la langue et les contributions des Roms à la culture transylvaine et roumaine sont de mieux en mieux reconnues. Il existe des programmes éducatifs, des médiateurs scolaires et sanitaires roms, ainsi que des initiatives culturelles favorisant le dialogue interculturel.

Conclusion

L’histoire des Roms en Transylvanie est complexe, marquée par la marginalisation, les persécutions et des tentatives répétées d’assimilation, mais aussi par une forte résistance culturelle et une grande capacité d’adaptation. Des artisans médiévaux et musiciens célèbres aux victimes des déportations, puis aux communautés en quête d’égalité sociale après 1989, les Roms ont fait partie intégrante de l’histoire de la Transylvanie.

Aujourd’hui, le principal défi reste la construction d’une société dans laquelle les différences ethniques ne seraient plus une source d’exclusion, mais de diversité et de richesse culturelle.

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