La situation des Roms (« Tsiganes ») en Moldavie et en Valachie : des origines jusqu’à aujourd’hui

L’histoire des Roms en Moldavie et en Valachie constitue l’une des pages les plus difficiles et complexes de l’histoire roumaine. Pendant près de cinq siècles, la majorité des Roms ont vécu dans l’esclavage, étant considérés comme la propriété des boyards, des monastères ou de l’État. Après l’abolition de l’esclavage au XIXe siècle, les Roms ont continué à faire face à la discrimination, à la pauvreté et à la marginalisation. Le XXe siècle a apporté les déportations pendant la Seconde Guerre mondiale, les politiques d’uniformisation de l’époque communiste ainsi que les difficultés de la transition après 1989.

L’origine et l’arrivée des Roms

Les Roms sont originaires du nord de l’Inde et sont arrivés en Europe après une longue migration commencée autour des IXe–XIe siècles. Dans l’espace roumain, les premières attestations documentaires apparaissent au XIVe siècle.

En Valachie, un document de 1385 mentionne le don de plusieurs familles de « ațigani » au monastère de Tismana par le prince Dan Ier. En Moldavie, un document de 1428 d’Alexandre le Bon évoque également des Roms appartenant à un monastère.

Ces documents montrent que les Roms étaient déjà esclaves au moment de leur première mention officielle.

L’esclavage des Roms

L’organisation de l’esclavage

En Moldavie et en Valachie, l’esclavage des Roms est devenu une institution sociale et économique stable. Les Roms étaient divisés en trois catégories :

  • les esclaves du prince (de l’État) ;
  • les esclaves des boyards ;
  • les esclaves des monastères.

Les esclaves pouvaient être vendus, échangés, donnés ou hérités comme des biens matériels. Les familles pouvaient être séparées et la liberté de circulation était sévèrement limitée.

Certains Roms travaillaient sur les domaines des boyards, d’autres étaient artisans : forgerons, orfèvres, chaudronniers, fabricants de cuillères en bois ou musiciens. Les musiciens roms ont joué un rôle important dans la culture traditionnelle roumaine, étant présents dans les cours des boyards et lors des fêtes populaires.

La vie dans l’esclavage

Les conditions de vie variaient. Certains esclaves bénéficiaient d’une certaine autonomie économique, surtout les artisans ou les musiciens, mais la majorité vivait dans la pauvreté et dans une dépendance totale envers leurs maîtres. Les châtiments corporels étaient fréquents et les droits juridiques presque inexistants.

L’esclavage des Roms a duré environ cinq cents ans, constituant l’une des plus longues formes d’esclavage en Europe.

L’abolition de l’esclavage au XIXe siècle

Dans la première moitié du XIXe siècle, les idées des Lumières et les influences occidentales ont commencé à transformer les mentalités. Des intellectuels comme Mihail Kogălniceanu, Cezar Bolliac ou Ion Câmpineanu ont critiqué l’esclavage, le considérant incompatible avec la modernisation de la société.

L’abolition s’est faite progressivement :

  • en Moldavie entre 1844 et 1855 ;
  • en Valachie en 1856.

Les anciens esclaves sont devenus juridiquement libres, mais ils n’ont reçu ni terres, ni compensations, ni soutien économique. Beaucoup sont restés sans moyens de subsistance et ont continué à vivre en marge de la société.

La période après l’émancipation

Après l’abolition de l’esclavage, les Roms avaient l’habitude de marier leurs enfants dès l’âge de 14 à 16 ans, parfois même avant, ce qui empêchait ces enfants de poursuivre leur scolarité. Beaucoup sont devenus ouvriers saisonniers, journaliers ou artisans ambulants. Les communautés roms étaient souvent isolées et rejetées parce qu’elles ne pouvaient pas prouver un parcours scolaire.

Pendant l’entre-deux-guerres sont apparues les premières organisations et publications roms. Il y eut des tentatives d’affirmation identitaire et culturelle, mais les préjugés sociaux restaient très forts.

La Seconde Guerre mondiale et les déportations

Pendant le régime d’Ion Antonescu, la Roumanie a adopté des politiques raciales inspirées de l’Allemagne nazie. Les Roms considérés comme « nomades » ou « dangereux socialement » furent déportés en Transnistrie entre 1942 et 1944. On disait qu’ils propageaient le typhus.

Environ 25 000 Roms furent envoyés dans des camps et des colonies improvisées sur le territoire situé entre le Dniestr et le Boug. Les déportations ont touché de nombreuses familles de Moldavie et de Valachie.

Les conditions étaient dramatiques :

  • famine ;
  • froid ;
  • maladies ;
  • absence de soins médicaux ;
  • violences et abus.

Des milliers de Roms sont morts en Transnistrie. Le génocide des Roms est connu sous le nom de « Porajmos » (« dévoration ») ou « Samudaripen » (« extermination de masse »).

Après la guerre, cette tragédie est restée longtemps ignorée ou très peu évoquée dans l’espace public roumain.

L’époque communiste

Le régime communiste instauré après 1945 a officiellement supprimé les différences sociales et promu l’idée d’égalité entre les citoyens. Les Roms n’étaient plus officiellement persécutés pour des raisons ethniques, mais les autorités cherchaient leur intégration et leur assimilation.

Sédentarisation et industrialisation

Les Roms ont continué à marier leurs enfants dès 14–16 ans, parfois même avant, ce qui empêchait ces enfants de poursuivre leurs études. Les communautés roms continuaient à être isolées et rejetées parce qu’elles ne pouvaient pas démontrer une formation scolaire. Dans de nombreux cas, la discrimination persistait au niveau social, même si le discours officiel parlait d’égalité.

De nombreux Roms nomades furent sédentarisés de force. L’État a tenté de les intégrer dans l’économie socialiste :

  • dans les usines ;
  • dans l’agriculture collectivisée ;
  • dans la construction ;
  • dans les entreprises d’État.

Pour la première fois, les Roms ont bénéficié :

  • d’emplois stables ;
  • de l’accès à l’école ;
  • de soins médicaux ;
  • de logements urbains.

Cependant, l’identité ethnique rom n’était pas officiellement reconnue. Il n’existait pas d’institutions culturelles roms importantes, ni d’enseignement en langue romani, ni de véritable représentation politique.

Après 1989

La chute du communisme a apporté à la fois de nouvelles libertés et de graves problèmes pour de nombreuses communautés roms.

Problèmes sociaux et économiques

La fermeture des usines et le chômage massif ont fortement touché les Roms, beaucoup d’entre eux perdant les emplois obtenus durant la période communiste. Dans de nombreux villages et quartiers urbains, on a vu augmenter :

  • la pauvreté ;
  • l’exclusion sociale ;
  • l’abandon scolaire ;
  • le manque d’accès aux services médicaux.

Les années 1990 furent également marquées par des conflits interethniques et des épisodes de violence contre les Roms dans certaines localités de Roumanie.

L’affirmation de l’identité rom

En même temps, après 1989 sont apparus :

  • des organisations civiques roms ;
  • des publications et émissions en langue romani ;
  • des leaders politiques et des militants roms ;
  • des programmes européens d’inclusion sociale.

L’État roumain et l’Union européenne ont soutenu des projets pour l’éducation, la santé et l’intégration sociale. Des médiateurs scolaires et sanitaires roms ont été introduits, et la culture rom est devenue plus visible dans l’espace public.

La situation actuelle

Aujourd’hui, les Roms représentent l’une des minorités les plus nombreuses de Roumanie. Leur situation est très diverse :

  • il existe des Roms socialement intégrés, ayant fait des études supérieures et menant des carrières importantes ;
  • mais aussi des communautés touchées par l’extrême pauvreté et la marginalisation.

Les principaux problèmes actuels sont :

  • la discrimination et les stéréotypes ;
  • la ségrégation scolaire ;
  • l’abandon scolaire ;
  • le manque d’infrastructures dans certaines communautés ;
  • l’accès limité à des emplois stables.

En même temps, la culture rom contribue fortement au patrimoine roumain à travers la musique, la danse, l’artisanat et les traditions.

Conclusion

L’histoire des Roms en Moldavie et en Valachie est marquée par des siècles d’esclavage, de marginalisation et de persécutions, mais aussi par une forte résistance culturelle et une grande capacité d’adaptation. Depuis leur statut d’esclaves jusqu’à la lutte contemporaine pour l’égalité et la reconnaissance, les Roms ont fait partie intégrante de l’histoire de la société roumaine.

Comprendre cette histoire est important non seulement pour connaître le passé, mais aussi pour combattre les préjugés et construire une société plus juste et plus inclusive.

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